Compteurs communicants, autant savoir (2e partie)

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En septembre dernier, un premier article de PROXIMITÉ posait les bases d’une réflexion sur le passage aux compteurs communicants envisagé par les gestionnaires de réseaux d’eau, gaz et électricité à la demande de l’Union Européenne.  

De nombreux arguments, parfois étranges ou contradictoires, circulent sur ce projet :

Le premier est que ces compteurs limiteraient la consommation d’énergie (sujet d’actualité à l’heure de la transition énergétique) étant donné qu’à chaque moment le citoyen pourrait vérifier sa consommation et dès lors comprendre comment réduire celle-ci. Êtesvous certains de passer vos journées devant votre compteur, même s’il est retranscrit sur votre téléphone portable ? Qui plus est, branchés sur le courant, ces compteurs consommeront à leur tour de l’énergie surtout au moment des transmissions de données prévues tous les quarts d’heure ? Aux Pays-Bas, où 25 % de la population est ainsi connectée, l’évaluation de la réduction de consommation est de 1%, alors que 3,5 étaient attendus (1).

Le deuxième argument invoqué est que cela coûtera moins cher au citoyen. En vérité, c’est masquer que le coût important de ces compteurs sera à charge du consommateur, de même que son remplacement tous les 15 ans de par l’évolution technologique et la fragilité plus marquée de tout système électronique. Nos compteurs mécaniques actuels fonctionnent en moyenne 40 ans. Sans oublier les frais énormes qui seront engagés dans la construction des infrastructures relais complexes entre le compteur et le centre de régulation : frais qui seront répercutés, il va sans dire, sur les factures de tous les citoyens, connectés ou non.

La technologie CPL (‘courants porteurs en ligne’) a été choisie par la Wallonie (1) pour la transmission des données des compteurs communicants : le signal est donc transmis par le réseau électrique : ce système superpose au courant électrique distribué en 50 Hz un signal à plus haute fréquence (dans la gamme des radiofréquences 9 à 150 KHz), ce qui peut fragiliser le réseau électrique s’il n’a pas été blindé, avec les risques de dissipations de ces fréquences par rayonnement, risque non encore évalué à ce jour quant à ses effets sur la santé (nous en reparlerons dans le troisième article). Cette technologie CPL peut être à l’origine de démarrage d’incendie ou de courts-circuits, comme le rapportent nos voisins français qui ont fait le même choix, risques faisant suite aux surtensions pouvant survenir sur des compteurs plus vulnérables de par leurs composantes électroniques.

Le problème de piratage de ces compteurs semble lui aussi réel (selon les experts internationaux en cybersécurité). Une lecture frauduleuse des données, leurs modifications ou leurs transmissions à des fins commerciales sont possibles. Le respect de la vie privée est donc bien en danger.

Ces compteurs dits ‘intelligents’ le sont-ils vraiment ? Une étude universitaire néerlandaise, reprise dans l’article de Paul Lannoye (docteur en sciences physiques, député européen honoraire, président du Grappe)(1), conclut que les compteurs communicants pourraient mesurer de façon erronée la consommation d’électricité, selon le type d’appareils électriques branchés dans la maison. Mais bien sûr il reviendra à chacun de le prouver.

In fine, qui sera le réel bénéficiaire de ce changement ? Le choix se portant sur les compteurs Linky comme en France, le fabriquant sera certainement le premier gagnant de cette décision politique, suivi du gestionnaire de réseau, lequel, comme le précise Paul Lannoye, accroît sa maitrise du système et son pouvoir contraignant sur les consommateurs. En effet, il peut à tout moment fermer un compteur, ou modifier les tarifs instantanés selon la consommation du client. Tout dépendra des limites d’utilisation qui seront imposées au gestionnaire de réseau par les instances politiques, et du contrôle sur le respect de ces limites. Bien malin et bien nanti le client qui pourra faire valoir une erreur dans l’évaluation de sa consommation ou la transmission de ses données personnelles de consommations : or les premiers concernés dans cette installation seront justement les personnes précarisées, équipées d’un compteur à budget.

Le nouveau gouvernement wallon dans sa politique régionale du 9 septembre 2019 (2) s’engage à revoir son décret sur les compteurs communicants, afin de laisser plus de  choix individuel, et garde une attitude d’ouverture à l’égard des personnes qui, pour raison de santé, s’opposeraient à l’installation de ces compteurs chez elles. Dans un prochain article nous développerons cet aspect.

Sophie HAUTAIN-NÉLIS


(1) LANNOYE Paul,   Le déploiement des compteurs dit « intelligents » est une fausse bonne idée, 9 février 2018
(2) www.stopcompteurscommunicants.be
(3) Illustration de B. Delanghe | Fédération des Services Sociaux Plus d’info sur www.socialenergie.be

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